WWoW : DES ACCESSOIRES QUI ONT DU BON !

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Source : Fondatrice de WWoW

1. Tina : A la lecture de votre page Ulule, je comprends que cette idée vous est venue à travers vos voyages. Pourriez-vous partager avec nous le cheminement que cela a pris et quel a été votre déclic ?
Salomé : Oui tout à fait ! C’est en voyageant l’année dernière en Asie du Sud-Est je me suis rendue compte de la beauté des textiles traditionnels et de leur importance dans l’empowerment* des femmes artisanes. Je suivais le MOOC Devenir entrepreneur du changement (co-créé par HEC et Ticket for Change), et je me suis alors rendue compte que l’artisanat était la principale source des revenus des femmes, mais que, par manque de débouchés, il risquait de disparaître ! J’ai donc voulu le préserver en l’intégrant à des accessoires de mode contemporains qui valorisent les savoir-faire traditionnels.
En général dans la mode on voit des accessoires qui sont designés en France et fabriqués à l’étranger. J’ai voulu inverser le schéma, en gardant les designs originels des femmes du monde et en les fabriquant en France. Car, en y réfléchissant, je me suis rendue compte que j’avais déjà vu ces textiles ethniques chez des créateurs occidentaux mais sans que l’histoire des motifs ne m’ait jamais été révélée.

2. Tina : Vous mettez en avant vos valeurs « l’ouverture d’esprit, la curiosité, la transmission et la féminité » ainsi que votre engagement environnemental et social à travers votre collection d’accessoires féminins.  En quoi et pourquoi les problématiques liées au développement durable sont importantes pour vous ?
Salomé : J’ai été adepte de la fast fashion pendant très longtemps. J’ai fini par me rendre compte que je mettais tout le temps les mêmes vêtements et que je n’avais pas besoin d’une garde-robe si grande. Surtout que depuis l’incident du Rana Plaza, on sait dans quelles conditions sont fait ces vêtements « vite achetés, vite jetés ». La fast fashion tue à petit (voire grand) feu les ouvriers textiles, qui n’ont d’autre solution que de continuer à y travailler, alors même qu’ils ne touchent généralement pas un salaire vital (cf. www.quiestlamoinschere.org).
D’autant plus que l’environnement souffre avec les ouvriers. J’ai choisi de ne pas utiliser de matière animale pour protéger les animaux, mais aussi la planète. On parle souvent du cuir comme d’une matière noble. On oublie qu’il est responsable de la pollution des eaux. Pour tanner le cuir, des produits chimiques nocifs sont utilisés, et comme certains pays n’ont pas l’obligation de filtrer l’eau avant de la rejeter, même les personnes ne travaillant pas dans les tanneries sont affectées en utilisant l’eau des fleuves.
C’est très certainement en découvrant d’autres modes de vie lors de mes voyages que je me suis rendue compte des problématiques de développement durable, et que j’ai développé une certaine empathie. Je ne peux plus juste me dire que ça se passe ailleurs et que je ne suis pas responsable. Chacun de nos actes compte. On peut soit encourager les bonnes pratiques, soit renforcer un système qui profite à une minorité, et nuit globalement aux autres…

3. Tina : Les femmes sont au cœur de votre initiative. Pourquoi ?
Salomé : En tant que femme, l’égalité des sexes me tient beaucoup à cœur. Je vois les femmes se démener sur tous les fronts pour arriver au niveau des hommes, et recevoir très peu de reconnaissance pour leur résilience. Pour moi il était important de les remettre sur le devant de la scène et de montrer que oui, « les femmes portent la moitié du monde ».

4. Tina : Vous présentez la répartition de votre budget. Comme pour certaines marques telles que Everlane, la transparence semble également importante pour vous. Pourquoi ?
Salomé : La transparence pour moi est essentielle car c’est justement ce qu’il manque dans les marques de fast fashion. Ce qu’on ne voit pas c’est que si une petite trousse est vendue 10€ c’est qu’elle a coutée au plus 1€ à fabriquer, main d’œuvre comprise, et que c’est surtout la publicité qu’on paie. Si un produit est bien fait, il n’y a pas besoin d’utiliser du papier pour faire des 4x3m vantant ses mérites. Dans cette optique, l’exemple à suivre pour moi est Veja qui est d’une transparence absolue, aussi bien sur les avancées que sur les points de progression.
Aussi, je cherche à établir une relation de confiance avec la communauté, et pour moi cela passe par une transparence absolue. C’est pour cela aussi que j’essaie d’éviter de trop nombreux distributeurs, qui prennent une part considérable de la marge (bien que tout travail mérite salaire). L’objectif est vraiment de proposer des produits bien fait au prix le plus juste et sans que personne ne soit lésé, et cela passe par une relation directe et transparente.

5. Tina : Quels ont été les challenges que vous avez rencontrés au moment où vous vous êtes lancée ?
Salomé : Le lancement n’a pas été évident car je porte un projet social et solidaire, mais qui doit également être économique. Pour le secteur social, le projet est trop marchand. Pour le secteur marchand, le projet est trop social. Il faut donc réussir à passer entre les fils et créer une alternative viable. Heureusement, d’autres sont déjà passés par là, comme TOMS ou Perus et ce n’est pas complètement le brouillard.
L’autre difficulté a été de lancer le projet sans associés. Je suis entourée de nombreux partenaires, que cela soit la maroquinière avec qui je travaille les dessins, ou la chef de l’atelier d’insertion qui s’assure que les produits soient techniquement réalisables. Mais d’être une associée unique n’est pas toujours facile.

6. Tina : Qui et qu’est-ce qui vous inspire ?
Salomé : Au niveau des marques, je l’ai cité plus tôt, Veja m’inspire énormément pour leur transparence, et bien qu’ils utilisent du cuir animal. Patagonia est aussi une source d’inspiration car ils cherchent toujours à aller plus loin dans l’utilisation de matières innovantes et respectueuses de l’environnement.
Dans les personnes physiques, Emma Watson a ma gratitude éternelle car elle défend avec brio et style le féminisme et l’écologie. Si on pourrait douter de ses intentions premières, elle a désormais la possibilité de faire passer les messages qui lui tiennent à cœur et d’inspirer notre génération.
Je ne verserai pas dans le trop classique, mais le message de Gandhi reste incontournable :  « Be the change you want to see in the world » (Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde). Le changement commence par le changement de soi.

7. Tina : Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant lancer son entreprise, orientée sur les problématiques de développement durable ?
Salomé : C’est à la fois une grande contrainte et un choix très facile ! Quand on a un objectif de développement durable très clair, toutes les décisions sont simplifiées car il faut seulement savoir si on va dans le sens de son objectif ou pas.
Parfois on a vraiment l’impression d’aller à contre-courant, mais quand le résultat est porteur de sens et qu’on sait que cela va améliorer certaines choses, c’est revigorant ! Je me suis toujours dit que si ma vie allait bien, alors je pouvais avoir un impact sur les autres. La citation d’Elisabeth-Anne Anderson Stanley reprise par Blake Mycoskie (ndlr : fondateur de TOMS) reste le message phare : « Savoir qu‘une vie a été facilitée parce que vous avez vécu. C‘est cela d‘avoir réussi. »


WWoW, la marque d’accessoires de mode éthiques co-fabriqués en France, qui s’engage pour les femmes

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*empowerment = émancipation